Elie Sloïm, l’engagement pour la qualité web

Elie Sloïm, l'ambassadeur de la qualité du web

Accessibilité universelle, efficace et rentable : le défi de la qualité Web

La qualité web et l’accessibilité devraient être au cœur des préoccupations de tous les professionnels du web. Pour faire le point sur le sujet, le mieux est encore de vous laisser écouter Elie Sloïm dans une de ses conférences.

1. Elie Sloïm, l’engagement pour la qualité web

Elie Sloïm et la qualité webElie Sloïm fait partie du paysage du numérique d’aujourd’hui, une de ces personnes dont chaque apparition est mémorable parce qu’à chaque fois, on comprend, on apprend et on se marre, comme si l’humour était le meilleur moyen de faire passer les messages. Et son message à lui, c’est clairement la qualité web, pour un web pour tous.

Blog de geekette : Bonjour Elie, tu es qualiticien, qu’est ce qui t’a fait choisir ce métier à la base ?
Elie Sloïm : Mon métier de départ est chimiste. À la sortie de ma maîtrise de chimie, j’ai eu le choix de partir vers un DEA ou un DESS (l’équivalent actuel d’un master professionnel), mais j’ai choisi d’être le plus vite possible en milieu professionnel. J’ai donc suivi ce DESS, et c’est au cours de celle-ci que j’ai vraiment eu l’impression d’avoir trouvé ma voie.

Le sujet du management de la qualité permet en effet de toucher à la fois à la gestion de l’entreprise, à la communication, l’orientation client et la technique, ou à la gestion de la connaissance. Le qualiticien peut également être amené à rédiger de la documentation ou des livrables, ou à travailler sur de la statistique assez poussée. C’est une discipline véritablement transversale, en prise avec toutes les fonctions de l’entreprise. Il n’est pas forcément nécessaire d’être excellent dans tous ces domaines ou dans l’un d’entre eux : il faut au moins être moyen mais averti dans tous. Autant dire que j’ai vraiment eu l’impression de découvrir ma vocation.

Blog de geekette : Et pourquoi l’appliquer au Web en particulier ?
Elie Sloïm : En 1994, j’ai été embauché pour créer de toutes pièces puis faire accréditer un laboratoire d’œnologie. J’ai énormément travaillé sur l’informatisation de ce laboratoire, aussi bien du point de vue de la gestion de la documentation, du traitement des demandes clients, de la gestion des consommables ou des interfaces et calculs de résultats d’analyse. Cela m’a confirmé que j’aimais bien l’informatique.

En 1998, un ami d’enfance a créé un site dédié à la logistique du commerce électronique, qui s’appelait e-logisticien.com. Je me suis occupé de ce site, et j’ai commencé à m’intéresser à la qualité à travers la création et l’animation d’un site appelé e-qualite.com. Je me suis rendu compte que très peu de gens (mais vraiment très peu ;-)) avaient fait le choix de s’intéresser à la qualité du Web sous un angle transversal, multidisciplinaire et systémique. J’ai rédigé des articles, produit des modèles, regroupé des personnes intéressées par le sujet, créé mon entreprise Temesis et c’était parti sans que je l’ai vraiment vu venir.

«L’enjeu, c’est d’arriver le plus vite possible à un maximum de sites de qualité et accessibles.» Elie Sloïm

Blog de geekette : Pourquoi est-il si important de respecter certains standards lorsque l’on crée un site internet ?
Elie Sloïm : Avant tout, ce que je vais dire ne s’applique pas spécifiquement aux sites Internet. Les standards, c’est à dire les référentiels partagés, et les normes sont essentiels dans toute activité qui nécessite l’intervention successive ou simultanée de plusieurs acteurs économiques.

Un site Web, c’est un projet évolutif, qui mobilise des plateformes, des technologies, des navigateurs, des prestataires, des compétences, des contextes d’utilisation très divers… l’ensemble étant potentiellement en conditions d’usage sur une longue durée (plusieurs années). Autant dire que tout ce qui peut contribuer à l’évolutivité, à la reprise ou la maintenance par des interlocuteurs différents est bon à prendre, voire vital si on ne veut pas s’épuiser ou courir d’échec en échec.

Temesis qualité et accessibilité web

Blog de geekette : Qu’est-ce que Temesis, quels sont ses services et en quoi sont-ils importants ?
Elie Sloïm : Temesis est une société spécialisée dans l’accompagnement des maîtres d’œuvre ou d’ouvrages Web qui veulent améliorer leurs sites ou l’organisation qui permet de les produire. Cette amélioration peut porter sur la qualité, l’accessibilité, l’expérience utilisateur, la stratégie ou encore les moyens mis en œuvre. Je suis certainement mal placé pour juger de l’importance de la boîte que j’ai créée, mais : oui, sans fausse modestie, je pense que Temesis joue un rôle important dans l’industrialisation du Web en France, notamment à travers les travaux que nous avons faits très tôt sur les référentiels et sur la méthodologie. Nous avons proposé un certain nombre d’idées qui étaient un peu taboues ou carrément originales dans les années 2000 à 2010, mais qui sont nettement plus courantes maintenant.

Une grande partie du travail de Temesis repose sur les référentiels qualité Web, notamment à travers le projet Opquast. C’est un projet que nous conduisons et développons depuis fin 2003. Il est reconnu comme un projet important par ceux qui s’intéressent à la qualité du Web, et nous sommes en train de faire en sorte que ce soit un projet essentiel dans le Web, et pas seulement en France.

Blog de geekette : Qu’est-ce qu’Opquast et à quoi cela sert-il ?
Elie Sloïm : Opquast, cela signifie Open Quality Standards (Standards de qualité ouverts). Au départ, ce sont des check-lists de bonnes pratiques qualité pour le Web. La checklist générique Opquast Qualité Web occupe une place particulière parmi celles-ci : c’est à la fois la première et la plus importante pour le secteur. Elle est composée de 226 critères, elle est transversale et aborde l’ensemble des sujets qui ont un impact sur la qualité des sites pour leurs utilisateurs : référencement, visibilité, accessibilité, performance, sécurité, contenus, services, ergonomie, etc.

La check-list Opquast a fait l’objet d’une publication chez Eyrolles, dans la collection mémento, sous le titre Site Web : Les bonnes pratiques. Nous avons également édité un livre de 400 pages environ, intitulé Qualité Web : les bonnes pratiques, paru en octobre 2012 chez Temesis et que nous avons vendu depuis à plus d’un millier d’exemplaires.

Livre Bonnes pratiques du web

Depuis 2013, le projet Opquast fédère un réseau de partenaires comptant environ 15 agences Web sur tout le territoire français. Ces agences sont formées et outillées avec les méthodes et référentiels Opquast : elles sont en mesure de garantir le respect d’un certain nombre de bonnes pratiques. Elles ont désigné un responsable qualité Web qui est l’interlocuteur naturel des clients et des personnels sur ces sujets.

La diffusion des bonnes pratiques passe également par la sensibilisation et la formation : c’est pourquoi Opquast a établi un ensemble de partenariats avec des écoles du Web. Nous avons actuellement 16 écoles qui ont décidé de rejoindre le réseau et qui s’engagent à enseigner et diffuser les bonnes pratiques du Web.

Pour finir, depuis la fin 2014, Opquast propose un certificat de compétences sur le modèle du TOEIC ® qui permet de vérifier la connaissance des bonnes pratiques du Web, de son vocabulaire-clé et de ses risques associés. L’objectif est d’aider les recruteurs à différencier les professionnels du Web qui travaillent sans filet de ceux qui maîtrisent les risques de leur secteur. Ce certificat est en plein développement et il reçoit un excellent accueil de la part des professionnels et des recruteurs.

Sites web - Les bonnes pratiquesBlog de geekette : Un webmaster devrait donc avoir le mémento des bonnes pratiques à portée de main, selon toi ?
Elie Sloïm : Je ne vais pas dire le contraire et, à vrai dire, l’ouvrage en est maintenant à sa troisième édition et à son quatrième tirage : s’il s’est vendu à plus de 12 000 exemplaires, c’est que déjà en grande partie le cas.

Pour aller plus loin dans la maîtrise de ce sujet, l’investissement dans le livre qualité Web est utile non seulement aux développeurs, mais aussi pour toute personne qui travaille dans le Web.

Enfin, pour être vraiment reconnu, il faut évidemment valider ses acquis avec le certificat Opquast bonnes pratiques : je ne confierai certainement pas la création de mon site à un professionnel du Web qui me présente un score un peu léger à celui-ci.

Blog de geekette : Où se trouve la complémentarité entre les standards W3C et l’approche Opquast ?
Elie Sloïm : En général, les standards produits par le W3C sont essentiellement techniques, car l’un de leur enjeux principaux est l’interopérabilité. A l’exception des WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) qui sont plus orientées vers l’accès aux contenus pour les utilisateurs handicapés, le W3C produit surtout des spécifications techniques qui favorisent l’exploitation des contenus par les logiciels et les machines.

Opquast est positionné sensiblement de façon assez différente. Il s’agit pour nous de déterminer les bonnes pratiques qui favorisent la qualité pour les utilisateurs des services. Lorsque j’ai l’occasion de parler aux membres du W3C, je présente Opquast comme une surcouche qualité des standards techniques. Certains membres historiques du W3C m’ont indiqué que cette activité qualité des usages avait d’ailleurs été envisagée dès la création du W3C par ses propres créateurs.

«L’accessibilité, c’est pour tout le monde.» Rémi Boudreau

Blog de geekette : Tu as travaillé sur certains standards du web, comme ceux du W3C. Que gardes-tu de cette expérience (au niveau de ta vision du web, de tes compétences…)  ?
Elie Sloïm : Pour être honnête, je me suis senti véritablement incompétent. Par exemple, lors des travaux du W3C sur les bonnes pratiques Open data, très centrées sur la diffusion technique de la donnée ouverte, je ne comprenais rien ou presque au contenu discuté : l’orientation exclusivement technique des débats a fait que j’ai été très rapidement dans mon domaine d’incompétence. En revanche, nous avons créé en 2011 une check-list pour les producteurs de données Open data à l’attention des utilisateurs et réutilisateurs de données : cette check-list est composée de 72 critères, elle est finalement assez simple, et un visiteur de site Open Data devrait pouvoir la comprendre assez rapidement. Je pense que c’est une approche tout à fait complémentaire de ce que fait le W3C. Chacun son travail.

Blog de geekette : Trouves-tu que les normes du W3C soient suffisamment prises en compte par les web agencies ?
Elie Sloïm : Franchement, pendant longtemps, on a cru que le respect des spécifications techniques — ce que l’on appelait la conformité au validateur du W3C  — était le problème. Mais ce n’est pas le problème ! Le problème, c’est la prise en compte des usages et des contextes. Et là, oui, les WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) produites par le W3C, les bonnes pratiques Opquast, les bonnes pratiques de performance ou de référencement… tous ces outils sont insuffisamment pris en compte par les agences. Il y a un énorme boulot de formation à faire ; un tel niveau de méconnaissance des bonnes pratiques dans un secteur professionnel est hallucinant. Sous prétexte que le « digital » est d’accès facile et que le ticket d’entrée est ridicule, le métier est littéralement pourri d’agences, d’experts et de prestataires auto-proclamés qui pour la plupart ignorent les fondements du métier.

Écrivez simplement en haut votre blog que vous êtes « UX digital strategist » : vous verrez, il y a aura peu de gens pour vous contredire. Mais moi, je viendrai peut-être vous voir pour dire  « Hé, dis donc coco, tu saurais énoncer les règles qui permettent de renforcer la confiance chez les utilisateurs sur un site d’e-commerce ? Tu es capable d’argumenter chacune d’entre elles ? » La bonne réponse n’est pas empirique. Ce n’est pas une recette de cuisine : elle repose sur des connaissances réelles, et au moins partiellement mesurables.

«L’accessibilité, c’est un objectif, c’est pas un état donné. Je préfère souvent parler d’amélioration continue ou de professionnalisme. » Elie Sloïm

Blog de geekette : Quelles actualités pour Temesis en ce moment ?
Elie Sloïm : Pendant quelques années, Temesis a été très orientée vers l’accessibilité des sites Web publics, notamment parce que la société avait produit les premières versions du RGAA (Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations).

Ce n’est plus nous qui nous occupons de ce dossier aujourd’hui. Cela nous donne une plus grande liberté pour faire de l’accessibilité et de la qualité Web de la façon dont nous le souhaitons, sans tout le temps se poser la question du respect d’un dogme ou d’une façon unique et très normée de faire avancer le sujet.

Depuis quelques années, j’essaie en effet de plus en plus de sortir de l’accessibilité en tant que discipline avec ses codes, ses standards et ses dogmes pour m’intéresser au sujet des personnes, qu’elles soient handicapées ou pas. C’est tout le travail que nous menons avec Opquast, autour de la qualité de l’expérience utilisateur.

En pratique, cela se traduit notamment par les missions que réalise Temesis pour de très nombreux clients notamment dans le secteur public, dans le secteur bancaire et dans le luxe. Nous commercialisons également notre certificat dédié aux bonnes pratiques du Web ; bref, nous nous amusons beaucoup en ce moment.

Blog de geekette : La qualité web n’est-elle pas un idéal qu’on doit poursuivre toute sa vie sans jamais pouvoir l’atteindre ?
Elie Sloïm : La qualité Web est à la fois subjective puisque chacun en a sa perception et partiellement mesurable, car il existe des outils qui permettent de la rendre un peu plus objective. Je préfère souvent parler d’amélioration continue ou de professionnalisme. En contexte professionnel, plutôt que parler de qualité Web, il vaut mieux se poser la question du management de la qualité Web qui est une approche nettement moins subjective, qui rapporte, qui améliore l’image, qui renforce le positionnement sur le numérique… Bref, il faut y aller, et oui, ça n’a pas de fin et c’est pour ça que c’est bien 😉

opquast - qualité web - qualite web

Blog de geekette : Existe-t-il un annuaire d’agences de communication ou d’indépendants engagés dans cette démarche de qualité web ? Comment ces agences/indépendants peuvent-ils faire pour se faire inscrire dans cet annuaire ?
Elie Sloïm : Nous avons actuellement une quinzaine d’agences et 16 écoles présentes dans notre réseau. Chacune des agences connaît les bonnes pratiques et a désigné un interlocuteur responsable qualité Web que nous avons formé. Nous ne pouvons évidemment pas garantir la qualité de la totalité de leurs prestations finales. Mais au moins, vous avez un interlocuteur fiable et vous pouvez demander le respect formel de 70 critères regroupés dans une check-list appelée Opquast Website et qui est utilisée par ces agences pour labelliser des sites.

Blog de geekette : Est-ce que tu aurais un conseil à donner aux TPE et PME qui cherchent à faire/refaire leur site internet mais qui ne savent pas comment choisir leur agence de communication ?
Elie Sloïm : Pour finir, mon conseil aux TPE et PME : formez-vous un minimum sur le numérique ou embauchez quelqu’un qui a cette compétence, de façon à ne pas être perdu face aux prestataires. Sachez qu’il existe des règles, des standards et des bonnes pratiques. Choisissez surtout des agences ou des professionnels qui ont un vrai recul et de vraies connaissances sur la qualité et l’accessibilité Web. Ce n’est pas une condition suffisante pour avoir de bons sites ou un bon accompagnement, mais c’est un indice intéressant.

Blog de geekette : Merci pour ces explications sur la qualité web, Elie ! Quant à moi, je file réviser ton livre pour pouvoir passer la certification Opquast. À bientôt !

Crédit photo : Christophe Goussard (VU)

L'informatique écol
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